Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ça peut vous intéresser

L'interview qui tue

17 Février 2015 , Rédigé par Pierre-Yves Coulbeaux Publié dans #Comédie, #Satire

L'interview qui tue

Dave Skylark est un présentateur TV qui s’occupe principalement des news people, jusqu’au jour où il doit réaliser, en direct, l’interview de Kim Jong-Un. Il est alors contacté par la CIA pour organiser l’assassinat du leadeur nord-coréen.

Ce film est un gros bordel what-the-fuckesque débile et jouissif. Enfin, quand je dis débile, ce n’est qu’en apparence car le film n’est pas mauvais, ni d’un point de vue de l’écriture, ni d’un point de vue réalisation. Le métrage s’est fait connaître grâce à la menace nord-coréenne de mener des attentats contre les salles qui projetteraient le film. Sony a réagi en annulant la sortie avant de revenir sur sa décision. Sauf qu’au final, seul une poignée de cinémas américains ont diffusé le film pendant un mois, l’exploitation ne rapportant à peine plus de 6 millions de dollars, contre 15 millions pour l’exploitation numérique (visionnage par internet), soit 21 millions de recette, pour un budget de 44 millions.

En France, après deux semaines, seuls trois cinémas le projettent quand j’écris ces lignes. Les choses ne sont pas plus brillantes à l’étranger. Bref, le film n’est pas prêt de rembourser son budget et est donc un échec commercial. Cela dit, 15 millions d’exploitation numérique, ce n’est pas rien ! C’est même un très bon score, et si le film avait été normalement distribué, il aurait remboursé son budget en une semaine maximum, voire même en un week-end. Malgré sa faible distribution, il est passé à Lyon et j’ai pu voir ce que valait le bébé.

L'interview qui tue

Kim Jong-Un est ridiculisé et on se marre bien. Le film n’est pas complètement con et s’il n’est pas exceptionnel, il est assez sympa à regarder. Le leadeur nord-coréen est traité comme un personnage normal, ce qui est un bon choix puisque le but est de montrer que c’est un homme et non le dieu qu’il prétend être. Le culte de la personnalité est tourné en dérision tout en étant fortement dénoncé puisque l’on montre un homme qui a tellement manipulé son peuple qu’il lui fait croire qu’il parle avec les dauphins et n’a pas besoin de faire caca. Le film va assez loin pour nous dire comment ce dernier point est « scientifiquement » justifié.

Pendant tout un moment du film, le personnage de James Franco passe du temps avec le dictateur qui est alors montré dans des activités bien terrestres et sous un jour fragile et émotionnel. Il est montré humain, et c’est l’idée du film de montrer que ce n’est pas un surhomme, mais un homme qui a ses côtés fragiles. Bien sûr, ici, c’est dans le but de faire tomber l’image stricte et effrayante du dirigeant politique, et cela fonctionne, car désormais, je risque d’avoir du mal à ne pas rire à certaines évocation du nom de Kim Jong-Un... De ce point de vue, le film est donc une réussite.

L'interview qui tue

Au-delà de la dénonciation d’un leadeur précis, le film dénonce aussi les dérives que peuvent s’offrir tous les gouvernements et ce qu’il peut se passer ailleurs dans le monde. Une des idées mises en avant est qu’il ne sert à rien de faire tomber un dictateur si c’est pour qu’un autre prenne simplement sa place. L’idée étant d’avoir de véritables élections dans un pays, et non une transmission héréditaire du pouvoir. De ce point de vue, le film fait la pub des Etats-Unis puisque c’est l’idée que défend le pays et celle qui est mise en avant pour justifier les conflits dans les pays arabo-musulmans. Et la pilule passe d’autant plus facilement que le film vise directement un homme que le reste du monde reconnaît comme un dictateur digne de Staline. De là à dire que The Interview est un film de propagande pro-américain, il n’y a qu’un pas. Cela ne veut pas dire que le film défend de mauvaises valeurs ni qu’il est mauvais, juste qu’il glorifie les Etats-Unis et défend leurs actions militaires, ainsi que la C.I.A. Mais comment reprocher à un pays de faire la guerre pour défendre la démocratie ? Le débat est de savoir si c’est bien pour cela que les guerres menées par les US au proche-orient ont eu lieu. Bref, je m’éloigne, je suis ici pour parler d’un film et non de politique.

En tant qu’œuvre cinématographique, le film se tient. Les acteurs s’éclatent, le scénario est assez simple mais de fait ne comporte pas d’incohérence. C’est assez bien filmé et mis en scène, il n’y a rien à dire là-dessus. J’ai passé un bon moment en le regardant et je me suis même vraiment bien marré. En plus le film fait passer un présentateur TV pour un gros con et donc la TV pour un média de manipulation, de quoi me faire bien plaisir. L’idée que le rôle des journalistes est avant tout de faire éclater la vérité est également mise en avant. On nous montre que si la TV peut créer des héros, des surhommes, elle peut aussi les défaire, et que donc ce média à une responsabilité vis-à-vis des gens qu’il montre. Le film développe le sujet de façon très intéressante en le mêlant à la politique, et je ne fais qu'éfleurer un thème qui mériterait des pages de développement (ce que ne ne peux me permettre ici).

L'interview qui tue

Bref, le film fait bien son boulot et, en ce sens, est une réussite. Après, à vous de voir si c’est votre humour ou non. Je pense cependant qu’il faut prendre du recul vis-à-vis de ce que l’on regarde, et c’est ce que nous invite à faire le métrage. Pour en revenir à l’idée de film propagande des Etats-Unis, je pense, avec ce recul, que c’est aller trop loin. Oui, les US sont mis en avant, mais c’est un film américain, on ne peut pas le lui reprocher ! Si le film veut faire passer des idées, très intéressante, c’est aussi un divertissement qui remplit sa part du contrat. Je ne peux que le recommander.

N.B. : je pense vraiment que ce film est bien moins con qu'il n'en a l'air. Plus j'y pense, plus il me donne à réfléchir.

 

Un film réalisé par
Seth Rogen
Evan Goldberg

Ecrit par
Dan Sterling
Avec la collaboration de Seth Rogen et Evan Goldberg

Avec
James Franco - Dave Skylark
Seth Rogen - Aaron Rappaport
Lizzy Caplan - Agent Lacey
Randall Park - Kim Jong-un
Diana Bang - Sook

 

INDEX

Facebook

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article