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Les Nouveaux sauvages, Damian Szifron

24 Janvier 2015 , Rédigé par Pierre-Yves Coulbeaux Publié dans #comédie, #Drame, #humour noir, #hispanique

Les Nouveaux sauvages, Damian Szifron

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Au travers d’une série de six sketchs, le film nous montre six pétages de câbles, tous différents les uns des autres.

Et putain que c’est jubilatoire. Les six sketchs sont, en trois mots maximum chacun : l’avion ; le restaurant ; les deux voitures ; Bombita ; magouilles de crime ; le mariage. Mes deux segments préférés étant ceux du mariage et Bombita. Au contraire, celui que je trouve le moins réussi est celui des « magouilles de crime ». Pour faire simple, voilà mon classement des préférences :

1 - Le mariage (Hasta que la muerto nos separe)

2 - Bombita (Bombita)

3 - L’avion (Pasternak)

4 - Le restaurant (Las ratas)

5 - Les deux voitures (El màs fuerte)

6 - Magouilles de crime (La propuesta)

(Damian Szifron)

Le film s’ouvre sur le sketch de l’avion. Celui-ci, très réussi, a pour objectif de donner le ton et sert donc d’introduction. Bref, très drôle, noir, il annonce un excellent film. Générique, montrant divers animaux sauvages, et nous voilà dans un restaurant. Changement de décor total, on passe du ciel au sol, d’un environnement lumineux à un endroit sombre et sale, et les nombreux personnages sont réduis à trois (quatre par la suite). Ce contraste fort attire l’attention, forcément, et souligne le mélange de noirceur et d’humour. Seul le dernier segment sera également situé dans des teintes sombres et un éclairage plus modéré, ce qui est amusant, puisqu’il s’agit d’un mariage (enfin, d'une fête de mariage), on est donc en droit d’attendre quelque chose de lumineux. Pour les trois segments intermédiaires, beaucoup de lumière. On peut aussi remarquer que les deux premiers segments sont principalement en intérieur, les deux du milieu sont en extérieur, et les deux derniers en intérieur. Cela n’est pas forcément très significatif, mais permet d’unifier l’ensemble pour que ce soit, d’une certaine façon, cohérent. Il paraît raisonnable de supposer que l’ordre des histoires a été soigneusement prévu. On voit une évolution si on regarde le nombre de personnages de chaque aventure. Dans l’ordre : beaucoup ; 4 ; 2 ; 1 autour duquel gravitent des personnages secondaires ; 4/5 et enfin un grand nombre à nouveaux. Une évolution qui marque une certaine cohérence pour lier les histoires. Mais ça ne reste qu’une supposition. Bref, passons sur la structure du film avant de dire des énormités.

Les histoires sont toutes vraiment bien écrites, mais les meilleures sont celles avec les meilleurs personnages, ce qui semble montrer que ceux-ci sont parmi les choses les plus importantes d’un film. Mais pas uniquement, car si l’histoire de l’avion plaît, ce n’est pas pour ses personnages, que nous n’avons pas le temps d’apprendre à connaître. Dans l’histoire du restaurant, on a l'histoire du protagoniste, et ses motivations pour la suite. On a clairement exposé la "gentille" et le "méchant", le reste semble donc découler naturellement, et on rit volontiers, alors que dans la première histoire, c’est l’aspect absurde et improbable, voire même dément de la situation, qui amuse. Dans la troisième histoire, ça se complique. Deux personnages seulement. Pas de gentil ni de méchant. Les deux ont des torts et le spectateur ne peut que difficilement prendre parti, même si on tend quand même à favoriser (en tout dans mon esprit) celui qui semble le plus riche. Personnellement, il me semble moins en tort. En tout cas, la fin est radicale et sans concession, et la dernière réplique est culte. Avec Bombita, on est obligé de s’attacher au gars. On voit sa vie, son quotidien, et on partage son sentiment d’injustice. Du coup, le voir agir comme il le fait, ça a quelque chose de jouissif. Il fait ce que chacun aimerait faire. Et changement radical quand on passe à l’histoire suivante, puisque ce ne sont que des enculés qui magouillent sur le dos d’un accident tragique. Tous les personnages de cette histoire sont détestables. Nous sommes donc forcés de regarder des connards en action. Si ce segment n'est pas inintéressant, je dois avouer que je le trouve hors sujet... Le pétage de plomb est très secondaire et ce passage ne semble vouloir que montrer des connards, sans proposer autre chose. Ils sont dans l'excés, mais différemment... J'aime bien, mais sa pertinence dans le film me laisse perplexe... Bref, passons au couple du dernier segment. Tout est dans la fin. Ils ont leurs torts tous les deux, comme avec l’histoire des deux voitures, histoire de laquelle elle prend le contre-pied total par ailleurs, mais fini une note cynique et très drôle à nouveau.

Un mot sur la mise en scène. Nous ne commenterons pas le jeu des acteurs qui, manifestement, s’éclatent comme des fous dans leurs rôles, et nous passerons directement au travail du réalisateur lui-même. Damian Szifron était jusque-là un parfait inconnu, et c’est pourtant son troisième film. L’Argentin rend ici clairement hommage à Dino Risi et ses films Les Montres (1963) et Les Nouveaux monstres (1978), films à sketchs, à l’humour très noir, et faisant la satire de notre société. Dans Les Nouveaux sauvages, on a une caméra toujours bien placée et des plans très expressifs. Le plan qui précède le générique de début restera longtemps gravé dans ma mémoire tant il est beau et drôle. Il résume presque le film ! La mise en scène du segment avec le mariage est particulièrement savoureuse : les champs/contre-champs sont très révélateurs et ne servent pas qu’à illustrer un dialogue ; les gestes des personnages, tout est prévu pour que l’on se demande ce qu’ils vont faire. Car ils sont réellement imprévisibles. La mise en scène tente de cacher certaines volontés des personnages, ce qui la rend intéressante et fait que le film est surprenant. Bon, le film n’est pas assez frais dans ma tête pour que je l’analyse davantage et je ne tiens pas à dire de bêtise, donc je pense m’arrêter là...

Pour faire simple : allez voir ce film. C’est frais, différent, jouissif, bien fichu, et un sacré défouloir. Probablement un des films de l’année 2015 !

 

Réalisé par
Damian Szifron

Ecrit par
Damian Szifron

Interprété par
Ricardo Darin - Simon Fisher (Bombita)
Ericas Rivas - Romina (Hasta que la muerto nos separe)
Leonardo Sbaraglia - Diego Iturralde (El mas fuerte)
Oscar Martinez - Mauricio (La propuesta)
Julieta Zylberberg - Moza (Las ratas)
Diego Gentile - Ariel (Hasta que la muerte nes separe)

Dario Grandinetti - Salgado (Pasternak)

 

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isabelle 06/03/2015 14:01

un peu des contes de la crypte également.
un petit bijou.
j'espère que les français pourront le découvrir sur le petit écran.

Clément 28/01/2015 22:05

Bien d'accord, gros film que j'attendais avec impatience, et pourtant semi-surprise dans la variété des situations proposées.
En revanche, je trouve la place de l'arc "Santiago"(La Propuesta) plutôt sensée ; c'est une sauvagerie plus maîtrisée, mais le retournement de situation est très drôle. Pour l'avion, je suis à peu près persuadé qu'il s'agit d'une scène reprise d'une œuvre de littérature existentialiste, mais je n'arrive pas encore à mettre le doigt dessus.
Et pour le sketch sur les voitures, quel plaisir ! La tension entre les personnages est vraiment présente, je me suis personnellement senti pris au jeu, on sent vraiment les sentiments de la "victime" lorsqu'il se décide à devenir bourreau, sauvage à son tour.
Enfin, bien d'accord, il faut passer le mot à propos de ce film.
Et aussi de Stay, mais ça c'est une autre histoire :p

nathie 03/02/2015 23:28

Et bien pas de chance pour moi sur la propuesta, puisque je n'ai pas pu voir la dernière image mais juste entendu des coups, grrrrrrrrr!