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Imitation Game, de Morten Tyldum

25 Janvier 2015 , Rédigé par Pierre-Yves Coulbeaux Publié dans #Drame, #Espionnage, #humour, #Biopic

Imitation Game, de Morten Tyldum

L’histoire d’Alan Turing, mathématicien à l’origine de l’informatique, qui, durant la Seconde Guerre mondiale, travailla au décryptage d’Enigma, la machine de cryptage de messages allemande.

Film attendu de tous les fans de Benedict Cumberbatch, excellent acteur britannique, Imitation Game nous raconte la vie d’Alan Turing en nous en montrant trois périodes distinctes : sa jeunesse à Cambridge, son activité de contre-espionnage durant la Seconde Guerre mondiale, et sa vie après cette dernière. Durant tout le métrage, nous passons d’une période à l’autre. Ces changements d’époque sont suffisamment bien gérés pour qu’ils ne gênent en rien l’appréciation du film, au contraire. Ils permettent de délivrer les informations au moment voulu. En effet, quand on raconte une histoire, il faut savoir contrôler l’arrivée des informations transmises au destinataire. De fait, un montage éclaté ou une superposition des époques peut favoriser le retardement d’une information importante. C’est aussi un moyen de rendre le récit plus dynamique : on peut facilement imaginer que le film eût été moins intéressant s’il avait été monté de façon linéaire. Quoi qu’il en soit, la structure narrative du film est bien construite, même si abréger la fin avec des panneaux alors que certains éléments auraient pu être montrés, c’est dommage.

Morten Tyldum

Pour ce qui est du reste, l’aspect comique très présent m’a agréablement surpris. J’y suis allé sans que la bande-annonce y fût pour quelque chose, simplement pour son sujet (Le personnage d’Alan Turing lui-même, mais aussi le fait qu’il s’agisse d’une histoire d’espionnage et d’énigmes, plus l’acteur que, comme beaucoup de monde, j’apprécie énormément et que j’ai connu, comme presque tout le monde, avec la série Sherlock. Bref). Le comique se mélange donc à l’espionnage, mais aussi au drame, car la vie de Turing touche au drame : homosexuel ne pouvant l’avouer dans une société qui rejette la différence, il était obligé de se cacher. La fin de sa vie en subit les conséquences et, sans en révéler trop, elle n’est pas joyeuse (c’est un biopic, ne m’accusez pas de spoiler pour avoir parlé d’une chose qui s’est passé il y a plus de soixante). Etant amateur de drame et d’espionnage, assister ici à un mélange des genres était très satisfaisant, la touche de comédie étant un plus non-négligeable.

Au-delà du genre du film, j’ai également beaucoup aimé les acteurs. Benedict Cumberbatch, bien évidemment (dans un rôle qui, cela dit, rappelle beaucoup celui de Sherlock), mais aussi Marc Strong en chef du MI6, Charles Dance en chef militaire autoritaire et impatient, Matthew Goode qui joue Hugh Alexander et enfin Keira Knightley en Joan Clarke. La musique est également très soignée, signée Alexandre Desplat, compositeur français qui monte (et chouchou du génial Wes Anderson) et qui s’améliore vraiment avec le temps. On a des thèmes très beaux, mais qui savent rester discrets. Ils ne sont pas entêtants, mais accompagnent bien l’œuvre.

Du côté du scénario et des dialogues, on a du bon, voire même du très bon ! Cumberbatch nous sert des répliques à la Sherlock qui font mouche, comme durant un dialogue concernant une simple demande pour aller manger : Turing semble incapable de comprendre tout propos métaphorique et inapte à saisir l’intérêt de la figure de style dans le langage. C’est un esprit strictement scientifique et seul le sens littéral l’intéresse. Pour lui, une chose ne peut donc avoir qu’un seul sens, qu’une seule signification, et les sous-entendus ne lui parviennent que si on les lui explique. Donc, forcément, une partie du comique réside dans cette façon de penser et cette incompréhension du langage d’autrui, assimilé par Turing à un code, qui mène à des situations et des quiproquos amusants. Bref, je pense que je me suis fait comprendre. Pour ce qui est de l’écriture, j’ai déjà remarqué la répartition en trois époques, je ne vais donc pas me répéter sur ce point. Pour le reste, c’est bien raconté, le récit se déroule de façon claire et fluide, sans incohérence (si vous voulez me balancer une incohérence mineure, vous allez me gonfler et je traquerai votre film préféré pour vous balancer tous ses défauts à la gueule. Oui, c’est violent).

Enfin, les points sur lesquels j’ai toujours du mal à m’étendre : la réalisation et la mise en scène. J’ai vu quelques très belles plongées zénithales au début du film, et de manière générale, je trouve qu’on a beaucoup de plan qui mettent bien en valeur les acteurs. Mais après, je ne saurai que dire sur le sujet. Il faudrait que je puisse avoir les scènes sous les yeux, car j’ai encore du mal à relever ce genre de chose en un seul visionnage, étant concentré sur la narration. Le fait est que peu de plans m’ont marqué : la plongée zénithale que j’ai déjà mentionnée, quelques gros plans... J’ai trouvé intéressant, au début du film, de souligner, avec le son, le moment où le dossier du flic tombe sur la table d’interrogation, comme pour indiquer que l’on allait ouvrir le dossier et montrer son contenu dans la suite du film en explorant le passé de Turing, ce qui, en plus, justifie davantage la narration : l’époque principale est celle du début des années 50 et l’on explore celle de la guerre. Et de cette époque de la guerre, pour comprendre Turing, on a des flashbacks de sa vie à Cambridge pour expliquer en partie ce qu’il est à ce moment de l’histoire. Personnellement, j’aime ce choix. L’image du dossier revient plus tard et son sens change puisque le spectateur en connaît désormais le contenu.

Alan Turing et "Christopher", sa machine à décrypter, un des tout premiers ordinateurs au monde.

La mise en scène est également là pour servir des propos : certes, le film illustre un épisode important de l’Histoire, mais aborde également les thèmes de la différence et de l’homosexualité. Les moments à Cambridge permettent d’amener ce dernier thème dans les scènes à l’époque de la guerre, ce qui permet également d’expliquer la dernière portion de narration, et l’état du personnage à la fin du film. Le film fait davantage un rappel qu’il ne porte un message. La tolérance envers l’homosexualité a fait de gros progrès depuis les 50’s où celle-ci était purement et simplement illégale, et les personnes qui étaient reconnues comme tels allaient en prison ou devaient subir une castration chimique. L’idée du film est aussi de montrer que le génie réside aussi (souvent) chez les personnes qui sont différentes, d’une façon ou d’une autre. On nous montre un homosexuel qui a sauvé des milliers de vies, avec l’aide de ses collègues, et d’une femme qu’il a engagée (femme qu’un homme persistait à envoyer chez les secrétaires quand elle est arrivée...). Bref, un propos sur la tolérance et la diversité assez classique, mais qu’il est toujours bon de réentendre dans une société où la tolérance, que ce soit envers les homosexuels, les femmes, ou autres gens, n’est, hélas, toujours pas une évidence.

Bref, de bons acteurs, une musique discrète mais sympa, une mise en scène globalement classique, mais avec quelques bonnes idées et un propos qu’il est toujours bon d’entendre. Enfin, une structure narrative réussie, un scénario solide et de bons dialogues font de ce film un très bel hommage à un homme important de notre siècle. Certes, ça reste très classique sur certains aspects, mais le fait est que ça fonctionne et que l’on est face à un très bon et beau film.

 

Un film réalisé par
Morten Tyldum

Ecrit par
Andrew Hodges
Graham Moore

Interprété par
Benedict Cumberbatch - Alan Turing
Kiera Knightley - Joan Clarke
Matthew Goode - Hugh Alexander
Rory Kinnear - Detective Robert Nock
Charles Dance - Commandant Denniston
Mark Strong - Stewart Menzies

 

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