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The Search, de Michel Hazanavicius

15 Décembre 2014 , Rédigé par Pierre-Yves Coulbeaux Publié dans #Drame, #Guerre, #Histoire

The Search, de Michel Hazanavicius

Carole travaille pour le Conseil européen des droits de l’homme et observe la guerre en Tchétchénie, qui a éclatée à la fin des années 90, pour en démontrer la brutalité et l’illégitimité. Elle va alors aider un petit garçon qui a perdu sa famille. En parallèle, Raïssa recherche son frère disparu, et Kolia, suite à une arrestation, est forcé de s’engager dans l’armée.

En suivant les destins croisés de quatre personnages (Carole, Hadji, Raïssa et Kolia), le film tente de peindre ce que fut la seconde guerre de Tchétchénie, et le constant est saisissant. Hazanavicius nous avait habitué à la comédie, ce que l’on ne peut oublier puisque le film s’ouvre sur le logo « la classe américaine », titre de son premier long métrage. Autrement, il est connu pour le diptyque OSS 117 avec Jean Dujardin, ou encore pour The Artist. Changement de registre total puisque ce nouveau sujet ne pouvait pas être moins drôle... Et le bougre s’en sort très bien !

Michel Hazanavicius

La scène d’ouverture est saisissante : elle prend la forme d’un film amateur enregistré par un soldat. On y voit un couple tchétchène se faire interroger par des soldats russes et, ne coopérant pas, car ils n'ont rien à leur dire, ils se font brutalement tuer. Leur fille est en larmes, les soldats la regardent, et si on ne nous en montre guère plus, il n’est pas difficile de comprendre ce qu’il va lui arriver. On découvre ensuite que toute la scène a été vue par Hadji et que le couple n'est d'autre que ses parents, et la fille, sa sœur. Il prend alors la fuite avec son petit frère, encore un bébé, dans ses bras. Il n’a que neuf ans.

Ainsi démarrent deux segments du film : la fuite de Hadji, et la quête de Raïssa pour retrouver son frère. En suivant Hadji, le spectateur découvre un monde apocalyptique où règnent ruines et désespoir. Traumatisé, Hadji se renferme sur lui-même. Le segment autour de Raïssa montre la même chose, mais accentue l'entraide qu'il y a entre les Tchétchènes, ceux-ci n'abandonnant jamais les leurs et étant très unis. Mais, si Raïssa est en réalité la soeur, elle doit également être une mère de substitution pour ses deux petits frères, et cela dans un contexte de guerre, ce qui n'est absolument pas évident.

La figure de la mère se retrouvera également avec le personnage de Bérénice Béjo, qui décide de prendre en charge l'enfant qu'elle trouve dans la rue, enfant qui n'est d'autre que Hadji. Elle prendra un rôle maternel en prenant soin de lui et en tâchant de l'aider à surmonter son traumatisme. Cette image de la mère de substitution est renforcée à la fin par certaines décisions, mais je n'en dirai pas de plus. Rappelons simplement que Hadji a vu ses parents se faire brutalement assassiner au début du film, et il est persuadé que sa sœur aussi est morte. Une scène d'ouverture réellement marquante.

Bérénice Béjo

Le film propose plusieurs scènes fortes de ce genre, soit pour montrer la violence envers les Tchétchènes, soit pour montrer les conditions de vie et le traitement subi par les nouvelles recrues dans l’armée Russe. C’est autour de Kolia, héros du dernier segment, que cela se présente. Il se fait arrêter dans la rue pour avoir fumé un joint, et on l’envoie vivre un véritable calvaire. Il subit des humiliations à répétition et le pauvre perd peu à peu son humanité, se rangeant du côté de la cruauté pour ne plus souffrir physiquement, et atténuer la souffrance psychologique. Quand on le voit à la fin et qu’on repense à son personnage du début, on a peine à croire que ce sont les deux mêmes. Même physiquement, il change, à cause des multiples maltraitances subies. À la manière d’un Full Metal Jacket, sa partie montre le peu d’humanité dont fait preuve l’armée, ici l’armée russe. C'est, d'ailleurs, la partie la plus réussie de tout le film.

Pendant tout le film, les mouvements de caméra sont rapides et nombreux, ce sont ceux d’un reportage plus que d’un documentaire : on a l’impression de voir les images prises par un journaliste sur le terrain. Forcément, cela renforce la puissance émotionnelle du film qui s’avère déjà assez forte. Et la force principale de l'œuvre réside dans sa capacité à générer de l’empathie envers les personnages. Pour moi, ça fonctionne assez bien. Cela passe par, outre une mise en scène de reportage, un jeu d’acteur particulier.

Hadji et son petit frère

Déjà, le film se paye Annette Bening, une actrice qui peut absolument tout jouer et que l’on a vue dans des films comme Valmont (Milos Forman), American Beauty (Sam Mendes) ou encore Mars Attack (Tim Burton). Elle joue Helen qui se charge d’aider au mieux les gens en Tchétchénie, et elle la joue très bien. À ses côtés, une actrice française déjà bien connue du réalisateur : Bérénice Béjo, qui, sans être mauvaise (loin de là), n'est pas aussi juste qu'on le souhaiterait. Son personnage remet en question l’utilité de sa présence sur les lieux du conflit et aide par elle-même le gamin qu’elle voit errer dans la rue. Mais les autres acteurs, tous parfaitement inconnus, sont très bon, et Hazanavicius a été cherché des acteurs qui parlent la langue de leur personnage.

En effet, choix du réalisme oblige, le film se présente en quatre langues différentes : le russe et le tchétchène, bien évidemment, mais aussi l’anglais et le français pour les personnages qui gravitent autour du conflit. C’est un beau mélange des langues qui aide réellement à représenter le réel tel qu’il est. Certains décors se situent en Géorgie, ce qui va dans le même sens que ce mélange des langues. Autre point intéressant, cette fois dans l'écriture du film, c'est que tous les destins se croisent à un moment ou à un autre, et plus ou moins directement. Chaque acte semble avoir une conséquence, chaque choix est significatif, ce qui donne plus d'intérêt au tout.

Cependant, il faut bien avouer que si l'histoire de Kolia est certainement la plus intéressante, avec celle de Carole et Hadji. Je trouve que le segment autour de Raïssa n'est pas le plus pertinent, car il redit ce que d'autres segments ont déjà présenté. Aussi cruel que cela puisse paraître, il eût été bon, pour renforcer le message du film, de la laisser pour morte. Hazanavicius a décidé de faire une fin particulière qui l'a forcé à ne pas faire certains choix, et cela diminue la puissance de son message. Cependant, il compense bien cela dans la façon dont les segments sont agencés et il parvient à éviter de faire une fin trop heureuse qui, ne nous mentons pas, aurait été malvenue. Mais voilà, si la fin a ses qualités, elle a également quelques défauts. Un point d'écriture qui pèse.

De gauche à droite : Thomas Langmann (producteur), Maxim Emelianov (acteur), Abdul Khalim Mamatsuiev (acteur), Michel Hazanavicius (réalisateur), Bérénice Béjo (actrice) et Zukhra Duishvili (actrice)

Bon, et comme souvent, je passe à côté des défauts du film, parce que je suis quelqu’un de positif et que je n’aime pas dire du mal, je vais me rattraper et proposer un paragraphe spécial défauts du film. Après tout, s’il m’a beaucoup plus, il n’est pas parfait. Dans l’écriture, je l’ai dit donc, le choix de laisser vivre Raïssa. Cela peut trouver une explication qui ne me convainc pas et spolierait la fin. Sinon, toujours dans l’écriture, le rapport entre Carole et Hadji n’est pas toujours très convaincant. Cela tient du jeu de l’actrice française. Elle ne joue pas mal, mais honnêtement, je pense qu’elle est capable de bien mieux. Son jeu est là presque celui d’une comédie plus que d’un drame et mériterait plus de justesse. On pourrait reprocher un manque de subtilité, comme je l’ai lu dans quelques critiques, et c’est vrai que quelques nuances auraient enrichi le film, mais ça ne me gêne qu’à moitié quand on voit le sujet traité. Enfin, il faut du temps pour se faire au système de chorale, car les scènes sur un personnage sont parfois très courtes et on passe brutalement de l’un à l’autre, ce qui peut être parfois déstabilisant. On s’y fait vite, mais au début, c’est bizarre. Enfin, s'il y a un truc qui me taraude, c'est que le film ne montre qu'un camp. Personnellement, je ne suis pas particulièrement renseigné sur le conflit, mais il eût été intéressant d'en creuser les causes, et de montrer la guerre du côté de l'armée Tchéthène. Quoiqu'il en soit, souvenons-nous que c'est entre 100 000 et 300 000 civils qui sont morts durant les deux guerres de Tchétchénie.

Voilà, je ne tiens pas à m’étendre davantage, les points importants restent la qualité de l’histoire et la façon dont elle est racontée. Cela pourra heurter les plus sensibles, car il y a des moments vraiment forts tout au long du film, et personnellement, même plusieurs jours après, j’ai pas mal de scènes qui sont encore très claires dans mon esprit. Il y a quelques défauts mineurs, principalement dans l’écriture, mais ils ne prennent pas le pas sur la qualité globale du métrage. Je recommande vivement !

 

Un film écrit et réalisé par
Michel Hazanavicius

Interprété par
Bérénice Béjo - Carole
Annette Bening - Helen
Maxim Emelianov - Kolia
Abdul Khalim Mamatsuiev - Hadji
Zukhra Duishvili - Raïssa

 

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