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Interstellar, de Christopher Nolan

19 Novembre 2014 , Rédigé par Pierre-Yves Coulbeaux Publié dans #Science-Fiction

Interstellar, de Christopher Nolan

Du hype au trou noir...

Je n’attendais pas grand-chose de ce film, que, d’ailleurs, je n’attendais pas spécialement. Au final, je serai un Suisse face à ce film : ce n’est ni un chef-d’œuvre, ni un mauvais film : c’est un relativement bon divertissement. Attention, cet article contient des informations sur le scénario du film (Spoiler Alert donc)

 

Pour ceux qui ne comprennent pas le scénario de ce film, je vous invite à le revoir sans fumer un joint au préalable... Parce que franchement, il n’est pas compliqué. Et je dirais même qu’il est prévisible. Pour ma part, dès que Murphy raconte son histoire de fantôme, ma première et seule hypothèse fut vérifiée à la fin du film : Cooper remonte le temps dans le trou noir et devient ce fantôme. Je la sentais venir, c’était la seule fin pas trop dégueulasse envisageable. Non, franchement, le scénario est simple au possible, mais ça ne veut pas dire qu’il est mauvais ! Au contraire, il n'est pas foncièrement mauvais, même si je trouve stupide de vouloir coloniser des planètes aussi proches d’un trou noir (ce sont les seules viables et ça donne des choses assez classes, donc pourquoi pas...). Nolan, et c’est l’un de ses talents, comme il l’a prouvé dans Inception, est très doué pour raconter une histoire. Il donne les bonnes informations au bon moment, et à moins de ne pas être attentif du tout, ses films sont faciles à suivre et à comprendre (oui, Inception est simple à comprendre, le film prend presque une heure à tout nous expliquer !). Enfin, dans le scénario, on a quand même des trucs bizarres, et quand j’ai entendu le mot « tesseract », j’ai cru que j’allais voir débouler les Avengers. Le fait que Mann mente au sujet des conditions de vie sur sa planète n'était pas non plus surprenant... Evidemment qu'il a désactivé son robot parce qu'il contenait la preuve que la planète avait de l'amoniac dans son atmosphère. Et son discours sur l'instinct de survie est assez faiblard car d'après ses propres dire, il aurait dû faire venir les secours... Il se contredit lui-même. Ensuite, l'astronaute qui reste 23 ans (et plus) seul sur sa station, et qui va psycholog

iquement super bien, j'ai du mal à y croire... Nan, un scénario qui a bien des faiblesses quand on y regarde de prés.

Bref, le film ne brille pas par ses retournements de situation, mais la clarté de sa narration fait que, comme souvent chez Nolan, on se laisse facilement porter par l’histoire. En effet, malgré les différences de déroulement du temps, on comprend très bien où en est chaque personnage dans son existence, simplement parce que le temps ne va que dans un sens. Nolan a bien géré de ce côté là. Notons que ce qui aide aussi, c’est le rythme assez soutenu de la narration. En effet, on s’arrête peu pour parler des personnages dont la psychologie est clairement sous-développée, et l’on s’arrête assez peu pour contempler les paysages des planètes visitées ou de l’espace, alors que franchement, un plan de plusieurs secondes, fixe, sur le trou-noir, aurait été des plus appréciables. Pour revenir aux personnages et à leur psychologie, le fait est qu’ils sont conçus comme des outils narratifs, des moyens de faire avancer l’action, et rien d’autre. Résultat des courses, une narration encore plus claire, mais une puissance émotionnelle amoindrie. Je ne dis pas que cette dernière est nulle, la scène où Cooper retrouve sa fille à la fin est belle, car on a quand même eu le temps de construire le lien entre les deux personnages, mais ce que je veux dire, c’est que Cooper est presque uniquement le père qui regrette d’avoir abandonné ses enfants sur Terre... Et cette scèe Même les robots ont plus de personnalité avec leurs traits de caractères dosés par l’homme, c'est dire !

Côté musique, de grands thèmes assez beaux composés à l’orgue, mais qui sont, comme de plus en plus souvent chez Hans Zimmer, très répétitifs. Un certain travail a été fait sur le son, notamment pour que celui-ci soit étouffé dans l’espace (Gravity est passé par là). Par contre, il aurait fallu éviter l’explosion enflammée dans l’espace : pas d’oxygène, pas de flammes. Cela-dit, le côté spectaculaire en pâtirait grandement.

Côté mise en scène, le film manque cruellement de véritables plans contemplatifs. Les vagues sont grandes, mais les voir un peu plus auraient été bien. Il en va de même pour les étendues glacées de la seconde planète, un plan d’ensemble aurait été le bienvenu. La mise en scène est, globalement, très simple et très fonctionnelle. Je n’ai rien vu qui soit hautement marquant dans les mouvements de caméra ou la composition des plans. Encore une fois, rien de mauvais, loin de là, mais rien de neuf.

Enfin, abordons la science du film. Le terrain est glissant, car si c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, ma formation reste avant tout littéraire... L’idée d’un trou de vers qui relierait deux points éloignés de l’univers n’est pas neuve. C’est le même principe que les voyages interplanétaires de la série Stargate SG-1. Interstellar semble dire que le voyage est possible dans les deux sens, ce qui en théorie est impossible (il me semble), mais comme ce trou de vers est artificiel, et manipulé, pourquoi pas. Mention spéciale pour le très beau trou noir donc l’aspect est réussi, et sa physique bien expliquée (les distorsions de l’espace-temps par exemple). Par contre, que les personnages aient l’idée d’installer une colonie sur une planète à la limite du champ gravitationnel d’un trou noir, ce n'est pas génial, même s’ils sont désespérés... De manière générale, choisir des planètes qui gravitent autour d’un trou noir, c’est une idée assez moyenne, je trouve. Le fonctionnement des machines spatiales, notamment la rotation, est fidèle à la réalité. Mais le réalisme bascule en fantaisie à partir du moment où Cooper pénètre dans le trou noir. La masse de ce dernier est telle que Cooper aurait dû avoir ses os broyés, ou connaître je ne sais quelle mort atroce. Il faut savoir qu’au centre d’un trou noir, on trouve la singularité, c’est-à-dire les restes d’un soleil massif qui s’est effondré sur lui-même. Cooper ne pourrait donc pas y pénétrer avant d’avoir été réduit en miettes tant cette singularité est dense.

Cependant, et je terminerai sur cela pour les trous noirs, il me semblait que les trous de vers étaient les tunnels créés par les trous noirs entre deux points de l'univers, et non de simples couloirs comme le film semble le dire. Bref... Enfin, qu’il « remonte le temps » de cette façon, c’était prévisible dans le scénario, et cela reste fantaisiste. Mais un peu de fantaisie dans la SF n’est jamais pour me déplaire (je suis fan de Doctor Who, et la science dans cette série est celle d’un monde d’Héroïc-Fantasy...).

Par contre, une chose me gêne beaucoup : c’est la vision du temps. Cooper remonte le temps pour se donner à lui-même les coordonnées ET pour se dire de rester, de ne pas entreprendre le voyage. Outre les actions contradictoires, ce qui m’embête, c’est qu’il est la cause... d’une cause. Une cause a une conséquence, qui elle-même sera la cause d’une autre conséquence. Or une cause ne peut pas rétroagir et une conséquence ne peut être sa propre cause. Pour schématiser : A cause B qui cause C, et dans le film, C cause A. Donc A cause indirectement A. D’après ce que l’on sait du temps, c’est strictement impossible, et d’un point de vue narratif, c’est peu intéressant car c’est faire se refermer le film sur lui-même. Pour faire simple, quelle cause première a poussé Cooper à aller dans l’espace ? Car une chose a d’abord dû le pousser pour qu’il puisse se transmettre le message. Pour moi, ça ne fonctionne pas du tout, et cela gâche en partie le film.

Ah, oui, le rapprochement avec 2001, L’odyssée de l’espace... On s’en fout, les deux films n’ont pas les mêmes enjeux. Et puis je n’ai pas envie d’aborder le sujet. La portée métaphysique de cet Interstellar est faible, très faible, et d'autres films ou séries vous feront bien plus réfléchir sur les mêmes thèmes (2001 : L'Odyssée de l'espace ; Stargate (oui, le film de Roland Emmerich est mieux que celui de Nolan) ; ...).

Bref, pour faire simple, Interstellar est un assez bon film, bien divertissant, scientifiquement assez vraisemblable sur pas mal de points, mais au scénario simple, voire facile, et avec ses faiblesses, et à la mise en scène élémentaire et simpliste. Les personnages, peu développés, sont attachants dans une certaine mesure seulement. Par chance, ils sont menés par de très bons acteurs qui font un bon travail (surtout Matthew McConaughey et Jessica Chastain, Anne Hathaway étant tristement oubliable dans ce rôle). Dans l’ensemble, j’ai passé un assez bon moment, je ne regrette pas ma séance, mais je ne crierai pas au chef-d’œuvre. Loin de là. Le seul mindfuck induit par ce film, c'est d'essayer de comprendre pourquoi les gens le trouve mindfucking.

 

Un film écrit par
Christopher et Jonathan Nolan

Réalisé par
Christopher Nolan

Interprété par
Matthew McConaughey - Cooper
Jessica Chastain - Murph adulte
Anne Hathaway - Dr Brand

 

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Voda 25/04/2015 02:34

Ah voilà la critique sur laquelle je voulais tomber ! J'approuve sur de nombreux points (salut Anne Hathaway, merci les robots), si ce n'est que je ressors du film avec une impression plus positive.

Concernant l'histoire des causes et des conséquences que vous tentez d'expliquer, il ne fallait pas, c'est juste un des paradoxes induits par les voyages dans le temps ! Et qu'on peut se permettre d'admettre dès lors que l'on retrouve des voyages dans le temps dans une fiction. C'était la façon la plus simple de procéder si l'on souhaite avoir recours à cette astuce narrative.

Mais pour reprendre votre conclusion : " Le seul mindfuck induit par ce film, c'est d'essayer de comprendre pourquoi les gens le trouve mindfucking. " Je ne suis on ne peut plus d'accord, j'essayais de comprendre, je suis heureux de voir que je ne suis pas tout seul...