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Mommy (2014) - Xavier Dolan

15 Octobre 2014 , Rédigé par Pierre-Yves Coulbeaux Publié dans #Drame, #Québec, #Xavier Dolan

Mommy (2014) - Xavier Dolan

Moins d’un an après Tom à la ferme, film à l’ambiance très réussie, mais dans lequel j’ai eu du mal à rentrer, le petit prodige québécois Xavier Dolan revient avec Mommy, un drame fort et saisissant.

Pour moi, le plus marquant dans ce film, c’est la performance des acteurs, en particulier d’Anne Dorval, que je connais pour ses rôles de Criquette Rockwell et de Sandrine Maxou dans les séries très drôles que sont Le Coeur a ses raisons et Les Bobos. Dans ces deux rôles, elle n’a presque pas d’accent québécois, elle exagère son jeu pour le comique et est très douée pour cela. Dans Mommy, afin de jouer une mère de classe sociale moyenne basse, elle prend un jeu très fort et utilise un accent très marqué, au point que souvent, il est difficile de la comprendre sans l’aide des sous-titres. Mais elle n’est pas la seule à bien faire son boulot : Antoine-Olivier Pilon en adolescent violent et agité est bluffant, et Suzanne Clément en voisine charitable et sympathique est tout aussi juste. De ce côté-là, c’est un sans-faute.

Pour ce qui est de l’histoire que portent ces personnages, c’est un drame assez saisissant et très bien écrit qui nous est donné à voir. Diane doit élever seul son fils au comportement particulièrement violent et refuse d’abord de profiter de la loi S-14 qui l’autorise à placer son fils en établissement psychiatrique. Tout au long du film, elle fait ce qu’elle peut pour l’aider, et la présence de Kyla, une voisine, semblera même grandement aider, donnant l’impression qu’un équilibre s’est établi entre les trois personnages. Mais rien n’est jamais certain. C’est une mère en lutte contre elle-même que l’on voit : une vie en paix, mais sans son fils ; ou une vie avec son fils, mais pleine de violence et difficile à gérer, aussi bien vis-à-vis du fils que des finances. Elle fera tout pour réussir à élever son gosse, mais des évènements divers vont largement lui compliquer la tâche.

De gauche à droite : Anne Dorval, Xavier Dolan, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément
Anne Dorval, Xavier Dolan, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément

Dans tout cela, je n’aurais qu’un reproche à faire, c’est, au début du film, l’emploi de cartons pour mentionner la loi S-14. Il aurait suffi de faire passer à la TV ou à la radio un reportage sur cette loi au début du film, éventuellement la re-mentionner plus tard pour qu’elle reste à l’esprit du spectateur, pour en faire connaître l’existence et en expliquer les principes fondamentaux. Pour moi, les cartons sur superflus, mais ce n’est qu’un détail de mise en scène. Pour le reste, cette dernière est irréprochable. Elle est particulièrement bien adaptée au format d’image très inhabituel choisi par Dolan qu’est le 1 : 1, c’est-à-dire une image parfaitement carrée. Ce format n’est en rien standard, celui s’en approchant le plus étant le 4/3 (ou 1 : 33) et sur un écran de cinéma, on a l’impression de voir un rectangle vertical à cause d’un effet d’optique double : d’une part, l’écran légèrement incurvé et d’autre part, ses dimensions larges (16/9) font croire à notre cerveau que l’image est plus haute que large. Bref, tout cela pour dire qu’avec un tel choix de format, la mise en scène en subit forcément des conséquences. Mais elle est tellement bien gérée que sur le coup, on ne s’en rend pas compte. En effet, le format est tellement resserré sur les personnages qu’ils sont comme prisonniers de l’image, ce qui permet d’appuyer sur leur condition : la mère prisonnière des exactions de son fils, le fils prisonnier de sa propre nature. Et le seul moment où le film passe en 16/9, c’est quand Diane rêve que son fils réussi des études et parvient à mener une vie normal, quand elle rêve qu’il est libéré de sa condition. Un choix esthétique plein de sens et qui sert la mise en scène donc.

Pour ce qui est du reste de la mise en scène et des choix esthétiques, rien à redire non plus. On a une colorimétrie assez terne, les scènes vraiment lumineuses étant rares. Ce terne ambiant va de pair avec l’état d’esprit des personnages, état d’esprit que l’on peut qualifier de mélancolique. Mais terne ne signifie pas sombre et encore moins mal éclairé, loin de là, c’est juste que les couleurs ne sont pas mises en avant. Ce qui pourrait évoquer de la joie est écarté. Bien évidemment, pour appuyer davantage encore cet état d’esprit, on peut compter sur la musique qui, sans être terriblement marquante, fait parfaitement son travail (on nottera une forte présence de musique pop et pop/rock des années 90).

Et la réalisation dans tout cela ? Que valent les prises de vue de ce film ? Eh bien, elles sont à la hauteur du reste ! Le format 1 : 1, en plus de symboliser l’enferment des personnages dans une vie contraignante permet également de mettre en avant les gros plans sur leurs visages. En fait, l’effet d’optique de la salle de cinéma (l’image qui semble être un rectangle vertical) donne l’impression de portraits, l’image ayant plus ou moins le même format que ces œuvres plastiques, et des portraits pour un drame social, cela fait sens, cela est beau. Le format insiste donc sur ces visages, comme une image de profil sur un réseau social, et insiste aussi sur l’individualité des personnages. C’est leur histoire, pas celle d’un autre. Les gros plans sont donc légion, le format laissant peu de places aux plans larges dont on a pourtant quelques exemples. Dolan parvient, dans tous les cas, à parfaitement composer ses plans.

Au final, outre une musique peu marquante et une intro maladroite avec ses cartons, on se retrouve devant un de ces petits bijoux de cinéma que l’on ne trouve que deux ou trois fois dans l’année. Mommy est un drame poignant, aux acteurs forts et à la mise en scène travaillée aussi minutieusement que possible. Le film soulève des questions sociales sur les responsabilités humaines et familiales. On retrouve le thème du rapport à la mère présent dans les précédents métrages du réalisateur. Ici, nous faisons face à du naturalisme presque zolien. Il n’y a rien à ajouter.

 

Un film écrit et réalisé par
Xavier Dolan

Interprété par
Anne Dorval - Diane "Die" Després
Antoine-Olivier Pilon - Steve Després
Suzanne Clément - Kyla

 

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