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Magic in the Moonlight (2014) - Woody Allen

23 Octobre 2014 , Rédigé par Pierre-Yves Coulbeaux Publié dans #Comédie romantique, #Woody Allen

Magic in the Moonlight (2014) - Woody Allen

Stanley est un maître de l'illusion et l'un de ses amis lui demande de l'aide pour démasquer une jeune femme qui se fait passer pour une médium dans le sud de la France.

Avant de commencer, je tiens à préciser que je ne suis pas un grand consommateur des films de Woody Allen. C’est même, pour être honnête, le premier que je vois. L’impression générale à la sortie de la salle de cinéma est la suivante : de bonnes idées à faire passer concernant notre façon de percevoir le monde et ses illusions, mais ces idées restent classiques d’une part, et sont quelque peu desservies par une fin convenue et peu intéressante, que l’on pourra néanmoins trouver mignonne selon notre sensibilité. Cela dit, si je fais cette remarque, c’est que le film insiste sur le fait que l’on a chacun notre approche et notre perception du monde et de l’existence, quoiqu’il se contente de dire qu’il y a les spirituels joyeux et les rationnels malheureux, ce qui est, bien évidemment caricatural. Enfin, notons avant d’entrer dans le vif du sujet que Woody Allen cite, à plusieurs reprises, Nietzsche, nous verrons pour quoi par la suite. Mais avant de nous enfoncer dans un débat idéologique appelé par le métrage, apprécions d’abord notre sujet en tant que film : mise en scène, musique, jeu des acteurs, etc.

Colin Firth grimmé en "le grand Wei-Ling Soo !!" Bon, le maquillage est visible, mais c'est peut-être un moyen de détourner l'attention du vrai "truc" de son fameux tour de la disparition de l'éléphant !

Je suis de moins en moins fan de l’approche technique des œuvres. Cela a son intérêt, mais au final, je m’intéresse davantage à la finalité et au message qu’aux procédés techniques. Cependant, les repérer permet de mieux comprendre le film. Sinon, ce serait comme tenter d’expliquer un texte sans la grammaire, la linguistique ni la stylistique : on ne risque pas d’aller loin.

D’abord, le film confronte deux visions du monde différentes au travers de deux personnages issus de milieux différents. Stanley est un illusionniste professionnel qui se fait passer pour un magicien chinois sur scène. Il est reconnu pour son talent dans ce domaine et pour son tempérament sceptique : pour lui, magie et surnaturel n’existe pas. C’est aussi un homme riche, de la haute société. En face, on a Sophie qui affirme être médium, jeune fille issue d’un milieu plus que modeste et qui, de fait de son occupation, est convaincue de l’existence d’un autre monde, et du fait que la science n’explique pas tout. Stanley est présenté comme un homme malheureux, croulant sous le poids de ses propres croyances en l’inutilité de l’existence alors que Sophie est, au contraire, joyeuse et semble heureuse de sa vie. En bonne comédie romantique, le film va réunir ces deux opposés. Ce qui est dommage au fond, car en partant d’un constat intéressant, il s’enfonce dans les codes d’un genre peu flexibles et se condamne, scénaristiquement, au lieu commun, ne prenant pas la peine d’être original. Mais ce manque d’originalité n’empêche pas le film d’être appréciable, car il a d’autres qualités.

Par exemple, les acteurs principaux, Colin Firth et Emma Stone. Le premier n’a plus rien à prouver et la seconde est une preuve supplémentaire qu’à Hollywood, on forme de bons acteurs. Cela dit, si leurs jeux sont bons et justes, difficile de les qualifier de remarquables tant leurs personnages sont simples. Ce n’est pas un défaut non plus, mais ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour mettre en avant le talent de ces acteurs. On y croit, c’est suffisant. Cela dit, les interactions entre les personnages durant le film sont souvent très intéressantes : on a Brice, l'exemple du crédule de base qui ne se pose même pas la question de savoir si le pouvoir de Sophie est vrai ou non et décide de l'épouser, probablement pour l'exploiter plus que par amour véritable. D'un autre côté on a Vanessa qui croit, mais qui admet qu'elle croit principalement par convenance, car elle semble assez scientifique dans l'esprit, sans être aussi extrême que son neveu : elle pousse celui-ci a admettre qu'il peut avoir tort en ce sens où chacun est à même de se tromper. On a donc une gamme de personnages qui oscillent entre les différents niveaux de crédulité, ceux choisissant l'entre-deux étant mis en avant. A la fin, Stanley n'admettra qu'une chose comme étant magique : le sentiment amoureux, ce qui aura le malheur de faire retomber le film dans une certaine niaiserie alors que jusque-là, il semblait tenir un propos sérieux.

Outre les bons acteurs, on sera également confronté à une musique marquante en ce sens que sa présence est difficile à rater tant elle nous crie dès le début que nous sommes dans la fin des années 20. Le même air sera répété plusieurs fois, ce qui a quelque chose de lassant au bout d’un moment. Mais outre les airs typiques de l’époque, il n’y a rien de bien remarquable dans les compositions musicales de ce film.

Pour ce qui est de la mise en scène elle-même, que pouvons-nous dire ? Le film abordant un illusionniste, et le cinéma jouant lui-même sur les illusions, on est en droit d’attendre de belles petites astuces. On peut deviner que le « truc » de Stanley pour son tour de la réapparition assis sur un fauteuil n’est autre que le montage du film lui-même. Mais à part ça ? Eh bien le film, s’il est une comédie romantique, use de technique de thriller classique pour ces illusions, c’est-à-dire qu’il montre des choses qui nous paraissent anodines, mais que l’on comprend être importante à la fin. En effet, la romance tend parfois à nous faire oublier que Stanley est là pour démontrer que Sophie est une menteuse. La mise en scène tente donc de nous dissimuler le « truc » de Sophie de par le point de vue qui est adopté : celui de Stanley, ce qui est simple et bien pensé. Evidemment, à la fin, on se dit que c’est évident, mais pendant le film, on est comme le personnage, on cherche et on doute. Une mise en scène qui, sans être voyante et tape à l’œil, est des plus efficaces. Je ne relèverais pas de détails, je n’en ai pas en tête, mais je pense qu’elle est analysable dans ce sens.

Colin Firth, plus heureux à ce moment du film, se promène du côté fleuri, et Emma Stone, plus dans le doute, est du côté moins fleuri. On remarque également que si leurs corps convergent physiquement, leurs regards divergent complètement, ce qui peut mettre en avant leur attirance mêlée de rejet. Ils sont par ailleurs vêtus de la même couleur dominante, ce qui les lient, alors qu'auparavant, leurs vêtements étaient toujours très différents, lui dans les teintes sombres, elle dans les teintes claires. Un plan intéressant, très beau et bien composé.

Enfin, abordons le rapport entre le film et le philosophe que le personnage de Stanley cite à plusieurs reprises : Nietzsche. Évidemment, il est fait référence à « Dieu est mort » (« je pense que Nietzsche a réglé son compte une bonne fois pour toutes à Dieu ») et au travail que l’homme doit faire sur lui-même suite à cette mort. Stanley est de ceux qui pensent que Dieu est mort, mais il ne parvient pas à reconstruire une morale personnelle et suite à cela, il est confronté à un néant qui lui fait profondément peur. C’est en cela que la présence de Sophie finira par le rassurer, car, ne parvenant pas à expliquer son « truc », il commence à y croire. Le film nous dit donc qu’une majorité de gens croit en quelque chose pour se rassurer, et que même certains des plus athées d’entre nous ont besoin de croire en quelque chose. Cependant, Stanley n’est qu’un personnage, et n’est, à mes yeux, pas le représentant de l’athée typique. La négation de Dieu et de l’âme ne fait pas de nous des gens forcément malheureux, et nous ne cherchons pas forcément à nous rassurer, simplement parce que cette forme de nihilisme ne doit pas nécessairement nous inquiéter. Il est difficile de discerner dans ce que l’on perçoit dans le film quelle est la pensée du personnage et quelle est la pensée du réalisateur. On rencontre le même problème en littérature. Et dans tous les cas, peu importe que je sois ou non d’accord avec le réalisateur sur cette idée, ça ne remet pas en cause son talent artistique. À mes yeux, la philosophie du personnage aurait mérité d’être davantage approfondie, mais je pense qu’en revoyant le film en ayant pris du recul, je saisirai plus de choses que la première fois. Je ne vais donc pas aller plus avant dans l’étude de la philosophie de ce passage, car il faudrait que j’aie le film sous les yeux afin d’être précis. Ce que j’explique ici ne reste donc qu’une première impression (avec un certain recul cependant).

En bref : un bon film qui mêle une enquête à la comédie romantique et bien que son scénario soit classique, il nous emporte, aidé par le talent de ses acteurs et une mise en scène particulièrement efficace. Personnellement, j'ai passé un très bon moment devant ce film et je pense que je le reverrai volontiers afin de dégager ce qui reste incertain dans mon étude de celui-ci.

 

Un film écrit et réalisé par
Woody Allen

Interprété par
Colin Firth - Stanley/Wei Ling Soo
Emma Stone - Sophie Baker
Eileen Atkins - Tante Vanessa
Hamish Linklater - Brice

 

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