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Le scénario

8 Mars 2014 , Rédigé par Jules-Emile Cazlab Publié dans #Article

Parce que mon projet n'est pas que de faire des critiques et qu'en ce moment, je ne vais pas assez bien pour sortir, je me suis dit qu'il était temps de faire un premier article thématique, et j'ai décidé de commencer avec un des points qui me tient le plus à cœur : le scénario. Alors oui, je sais que je survole le sujet et qu'il y a beaucoup de choses que je ne dis pas ici, mais je sais qu'un article trop long rebute, et je ne suis pas là pour écrire une thèse sur le scénario. D'autres aspects seront développés dans d'autres articles, sinon, je tâcherai d'ajouter une bibliographie. Bonne lecture !

Une des critiques les plus courantes contre le cinéma hollywoodien, c’est celle des scénarii. Trop basiques, classiques, déjà-vus, et j’en passe. Nombre de films sont à tort critiqués pour leur scénario. C’est souvent le cas des films d’action, ou de super-héros. Alors que certains films aux allures alambiquées seront acclamés, les spectateurs choisissant parfois de fermer les yeux sur de grosses incohérences en se disant que c’est parce que le scénario est complexe et travaillé. Justement, si un scénario ne permet pas au spectateur de comprendre le film, c’est qu’il y a un problème. Un bon scénario n’est pas simplement complexe et tiré par les cheveux. Un bon scénario est avant tout cohérent. Il doit permettre de garder le spectateur attentif au film sans le faire se poser des questions de cohérences.

Avant de regarder en quoi des scénarii sont bons ou mauvais, débarrassons-nous d’une critique qui a trouvé sa réponse, mais pour laquelle un rappel n’est pas négligeable : l’aspect « déjà-vu », on connaît l’histoire. N’importe quel prof de cinéma vous le dira, il n’y a pas plus d’une douzaine de scénarii de bases différents. Ensuite le cinéma est basé sur un code en trois actes : la situation initiale, les péripéties et la résolution. Entre chacun de ces actes nous trouvons ce que nous appelons des nœuds dramatiques majeurs (NDM), dont deux dits « fonctionnels » (NDM1 et NDM2) et des nœuds dramatiques mineurs (NDm). Pour faire simple, le NDM1 est l’évènement principal qui lance l’histoire, le NDM2 celui qui la résout. Les autres NDM sont les autres points importants, en général liant des séquences, qui arrivent au héros. Les NDm sont les évènements de moindre importance touchant le héros, ou les évènements touchant un personnage secondaire. En général, on évite de faire un NDm plus important qu’un NDM. Oui, ça paraît évident, mais ça ne l’est pas pour tout le monde. Cela dit, il faut aller chercher dans le navet profond pour voir ce genre d’erreur. Sinon, parfois, on a un quatrième acte, qui vient après une apparente résolution : le personnage principal à fait ce qu’il avait à faire, mais au dernier moment, il doit, par exemple, sauver quelqu’un. Cela peut être intéressant, mais cela peut aussi être très énervant. C’est bien pour surprendre le spectateur, dans pour les films à suspense, les thrillers ou les films d’horreur, par exemple.

Bref, donc oui, les films ont tous le même schéma, et il n’est pas neuf, on a le même en littérature, même si on ne parle pas d’acte hors du théâtre. La structure d’un récit n’a pas évolué de beaucoup depuis Homère et Virgile. Et déjà il est temps de faire une distinction très importante. Car l’histoire globale d’un film, ce n’est pas son scénario. Non, c’est son synopsis. En fait, il faut différencier trois termes : pitch, synopsis et scénario. Le pitch, c’est l’argument du film en quelque ligne. Le synopsis, c’est son histoire en plusieurs lignes, voire quelques pages. Le scénario, c’est l’histoire détaillée, lieu par lieu, découpée en séquences et en scènes, avec les répliques. Le scénario doit préciser tout ce que le spectateur verra à l’écran, à commencer, pour chaque scène, par la précision intérieur/extérieur, puis jour/nuit, et enfin le lieu précis (informations utiles pour la réalisation). Or ce que les gens attaquent en général, c’est le synopsis qu’ils appellent à tort scénario.


Si Thor est si mal écrit, pourquoi Loki reste si imprévisible ?

Mais maintenant que les choses sont claires, que l’on sait ce qu’est un scénario, qu’il se construit en trois, voire quatre actes, avec des nœuds dramatiques majeurs ou mineurs, et qu’il y a un nombre limité d’histoires à raconter, comment faire un bon scénario ? Tout simplement en étant cohérent. Le scénario doit tout expliquer. Un film comme Thor, de Kenneth Branagh, n’a pas un scénario facile. Il a un bon scénario car on comprend les enjeux de l’histoire, son déroulement, et tout ce qui s’en suit. Et pour un film d’action, dans lequel bien des choses se passent, rester claire du début à la fin n’est pas une chose facile. Un scénario de film d’action peut s’avérer compliquer à écrire car il faut justifier de la présence des scènes d’action. Il ne faut pas faire comme dans Mortal Kombat : Destruction Finale, où des personnages sortent de nulle part pour engager le combat. Il faut faire comme dans Thor : le héros est prétentieux, ce qui justifie son tempérament belliqueux et donc sa réaction quand son monde est attaqué. Mais en plus il négocie avec l’autre dirigeant qui le menace ouvertement avant de le laisser partir. Le scénario a établi la personnalité, de façon simple, certes, mais claire, du héros, de cette façon sa réaction ne paraît pas aberrante et la scène d’action spectaculaire est donc bien amenée. Même les coup foireux de Loki sont bien amenés. Le scénario, c’est le travail du détail pour que tout paraisse logique. Même un film dans lequel le président se fait enlever par des ninjas mutant de l’espace, ça peut être un bon scénario. Tout dépend de l’intention de base. Si on veut être réaliste et sérieux, ce sera mauvais, mais si on veut être décalé, on tient quelque chose !

Mais un scénario intelligent peut aller encore plus loin. Il est parfois bon qu’un scénario fasse se poser des questions, comme dans un thriller. Pour donner deux exemples qui fonctionnent, je vais aller chercher chez mon réalisateur chouchou : Paul Verhoeven. Prenons Total Recall et Basic Instinct. Le premier joue sur la question permanente « rêve ou réalité ? » et le second sur la recherche du coupable. Les deux films se basent sur le thème de l’illusion, et pour servir son propos, un réalisateur peut demander un scénario qui amène le spectateur à réfléchir sur ce qu’il voit. Or déjà on dépasse les limites du scénario seul, puisque ici entre en jeu la volonté du réalisateur.

Mais, et ce que l’on nomme une facilité de scénario ? C’est simplement quand le scénario utilise quelque chose de rapide, facile ou bâclé en guise de nœud dramatique. Ce n’est pas toujours mauvais, selon, encore une fois, l’effet que veut le réalisateur.

Bref, un scénario, s’il a l’air simple, est toujours complexe à écrire car il doit être cohérent dans le moindre détail. Il est facile de chercher les erreurs dans les films, mais dites vous bien que si pendant la séance vous n’y voyez que du feu, que vous saisissez sans trop de difficulté ce qui se passe sans avoir à vous creuser la tête pendant des heures, si au sein même de l’œuvre l’enchainement des éléments vous paraît logique, c’est que le scénario est bon. J’ai frôlé un autre sujet, la suspension consentie d’incrédulité, mais ce sera pour une autre fois. Je vous ai ici donné une présentation rapide du scénario et j’espère que cela vous a intéressé.

 

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